Lot 3 — Paul SIGNAC (1863-1935)
Lot
3
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Estimation basse
800 000 €
Estimation haute
1 200 000 €
PAUL SIGNAC (1863-1935)
Pilote de la Meuse, 1924.
| Technique | Huile sur toile |
|---|---|
| Signature | Signée et datée en bas à droite |
| Dimensions | 50 x 65 cm |
Les lots sont vendus en l'état. L'évaluation des œuvres reflète l'état de conservation au moment du catalogage. Les acquéreurs sont tenus de payer en sus du prix d'adjudication les frais légaux en vigueur.
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Signée et datée en bas à droite.
50 x 65 cm.On joint neuf papiers-pelures dactylographiés d’Edmond Sussfeld, trois lettres autographes signées de Paul Signac, deux lettres autographes signées et la facture du marchand Léon Marseille.
Nous remercions madame Charlotte Hellman-Cachin - Archives Signac, et madame Marina Ferretti-Bocquillon pour les informations communiquées.
Un certificat d’authenticité de madame Marina Ferretti-Bocquillon sera remis à l’acquéreur.
Provenance : Galerie, Léon Marseille, Paris.
Collection Edmond Sussfeld.
Puis par descendance au propriétaire actuel.Bibliographie : Françoise Cachin, Signac : Catalogue raisonné de l’oeuvre peint, Paris, 2000, n°565 reproduit p. 323.OEuvre en rapport :
Pilote de la Meuse, lavis d’encre préparatoire à notre tableau, probablement 1924, collection privée.SIGNAC ET LA HOLLANDE
C’est en 1896 que Signac découvre la Hollande en compagnie du peintre Théo Van Rysselberghe.
A son habitude, il note au moyen de l’aquarelle ses impressions immédiates et fugitives. Il découvre
Rotterdam lors d’un second séjour en 1906 et en rapporte un fort carton d’aquarelles. Une de ses
lettres traduit la difficulté et l’exigence de Signac face au motif : «Je lutte contre la Meuse. C’est
un ballet perpétuel de bateaux et de fumées. Et les effets qui changent à chaque instant. Ce n’est
pas de la peinture, c’est de la charge». A son retour, il peint une série de sept toiles hollandaises
qui seront exposées l’année suivante chez Bernheim et qui selon la critique évoque« les Séries » de
la Tamise de Claude Monet. L’agitation des ports, la multitude des navires et de leurs trajectoires
sera observée par Signac dans de nombreuses compositions (Port de Marseille, Port de La Rochelle,
Venise, Constantinople). Mais Signac se montre ici sensible à la lumière du Nord, plus froide, sa
météorologie plus agitée et ses lumières singulières qui contrastent avec les crépuscules dorés de
ses peintures méditerranéennes. Rotterdam. Les fumées (Schimane, Art Museum, Japon) illustre
l’excellence picturale de cette période.
PILOTE DE LA MEUSE
Pour «Pilote de la Meuse», Signac revient vers un motif exploré dix-huit ans auparavant. Il élabore
une composition sobre, déjà utilisée dans certains ports et marines des années 1890 quitraduit sa
volonté d’ordre et de clarté : une structure rigoureuse de lignes horizontales et verticales est tempérée
par quelques obliques (mâts des bateaux et cheminée inclinée du remorqueur- un poncif de Signac).
En contrepoint les voiles gonflées par le vent et les courbes des coques animent la composition de
petits rythmes circulaires dynamiques.
Quant à la couleur divisée, posée en touches rectangulaires chargées de matière et d’énergie, elle
définit les formes,traduit la lumière, l’atmosphère et les mouvements de cette météorologie agitée : le
ciel est chargé de nuages et de pluies poussées par les vents, les plages d’eaux sombres alternent avec
d’autres plus éclaircies par des trouées de soleil, le vent gonfle les voiles et les fumées du remorqueur
tourbillonnent.
On admirera aussi particulièrement la plage d’eaux mouvantes du premier plan,damiervibrant et
polychrome faisant penser aux abstractions contemporaines pointillées d’un Kupka, même si pour
Signac (et il le rappelle dans son ouvrage Le Sujet en peinture), l’abstraction de la réalitédoit rester
dans la limite d’ «une harmonie décorative ».
Un lavis à l’encre de Chine de petit format, identique presque en tout point existe (collection privée)
et a préparé selon sa méthode personnelle la composition peinte.
Pour «Pilote de la Meuse» on peut reprendre le joli propos de John Leighton, dans son introduction
au catalogue de la rétrospective Signac de 2001 (Paris, Amsterdam, New-York) :
« Dans les meilleures de ses dernières oeuvres, Signac a su allier l’héritage sensuel de ses premiers
tableaux à la froide rationalité du Néo-impressionnisme pour créer un art d’une richesse chromatique
et d’une sensibilité extraordinaire ».