Pierre DMITRIENKO

1925-1974

Figure majeure de la scène artistique parisienne de l’après-guerre, il s’impose par une œuvre singulière, à la croisée de l’abstraction lyrique et de l’expressionnisme. Né à Paris dans une famille d’origine russe, il grandit dans un environnement intellectuel et artistique propice à l’émergence de sa vocation. Après des études à l’École des Beaux-Arts, il s’oriente rapidement vers une peinture non figurative, tout en conservant une sensibilité aiguë à la condition humaine.

Sa première exposition personnelle, en 1952, marque le début d’une reconnaissance rapide auprès de la critique et des collectionneurs. Il s’impose alors dans le cercle du groupe de l’École de Paris, côtoyant des personnalités telles que Jean Bazaine, Serge Poliakoff ou Nicolas de Staël. S’il partage avec eux une quête de l’abstraction, son langage plastique se distingue par une tension singulière entre construction architectonique et gestuelle expressive. Ses toiles, souvent structurées par des axes verticaux et horizontaux, évoquent des architectures imaginaires, des espaces mentaux traversés de forces contradictoires. La matière picturale, travaillée en empâtements, vibre d’une lumière intérieure, dans une palette de gris, de roses sourds et de noirs profonds.

Influencé par sa double culture, il puise dans la tradition iconographique russe une dimension spirituelle qui irrigue toute son œuvre. La mémoire du déracinement, de l’exil et de la guerre affleure dans ses compositions, conférant à sa peinture une profondeur existentielle rare. Son art, loin de toute gratuité décorative, s’affirme comme une méditation sur la fragilité de l’être et la complexité de l’espace intérieur.

Durant les années 1960, il entreprend une réflexion sur l’architecture, réalisant des projets de décors et collaborant avec des architectes. Cette ouverture vers l’espace réel témoigne de son désir de transcender les frontières du tableau, ambitionnant une synthèse entre peinture, sculpture et environnement.

Sa disparition prématurée en 1974 laisse une œuvre dense, qui, loin d’être figée, continue d’inspirer artistes et historiens de l’art. Son importance tient à sa capacité à conjuguer rigueur formelle et lyrisme, matérialité de la peinture et spiritualité, faisant de lui une figure emblématique du renouveau de l’abstraction en France au XXe siècle.

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